Le parcours du diamant

Pour comprendre le parcours du diamant, de la roche au diamantaire, il ne faut pas oublier que cette gemme exceptionnelle est le seul bien qui concentre autant de valeur dans un si petit volume.

Parcours d'un diamant

On évalue, lors des "vues", la qualité des diamants. IDH Diamonds

Un marché hors normes Le diamant échappe à toutes les règles économiques. Par exemple, contrairement à ce qui se passe pour la plupart des matières premières, les variations de la production du diamant n'entrainent pas de variations des cours. De même, les Bourses diamantaires n'ont rien des Bourses de valeurs où s'agitent les spéculateurs.

Ici, on évalue, on discute de la qualité et de la valeur de chaque offre, de chaque demande. On négocie tranquillement autour d'une table, entre gentlemen. On ne traite pas Sa Majesté le Diamant comme du vulgaire café. D'ailleurs, aucun contrat n'est signé, la parole de chacun des négociants est suffisante. Au moment de conclure une affaire, on peut voir les courtiers juifs prononcer une expression en hébreu, Mazal, et le pacte est scellé entre l'acheteur et le vendeur.

Celui qui aurait trahi un tel accord serait irrémédiablement exclu du monde du diamant et automatiquement expulsé des vingt-et-une Bourses diamantaires du monde.

Anvers, capitale mondiale du diamant

Parmi ces vingt-et-une Bourses, situées à Londres, à New York, à Tel Aviv, etc., c'est celle d'Anvers que l'on reconnait comme le centre mondial du commerce du diamant. 80 % de la production mondiale de diamant brut y est traitée : un volume de transactions de plus de 18 milliards de dollars, concentré dans un espace d'à peine 2 km2.

Anvers est la capitale mondiale du diamant
Anvers, la Capitale du diamant. © Wikipedia

C'est encore plus de la moitié du commerce mondial de diamants taillés qui transite par ce port de la Flandre belge, où siège la plus ancienne Bourse diamantaire, créée à la fin du XIXe siècle.
La mainmise de la compagnie De Beers La compagnie sud-africaine De Beers contrôle aujourd'hui entre 70 et 80% de la production mondiale de diamant brut : elle pèse donc de tout son poids sur les cours du diamant brut. Elle a été fondée en 1886 par le Sud-africain Cecil Rhodes.

Ce redoutable homme d'affaires a mis en place un système de contrôle de la production, mais également de la vente du diamant. Afin, bien entendu, d'assurer la stabilité des cours. Il a réalisé du même coup un formidable trust, un empire du diamant.

Le contrôle s'est encore affermi, lors du rachat de l'entreprise par l'Allemand Ernest Oppenheimer, en 1929, selon un système d'une redoutable efficacité, qui a déstabilisé plus d'un pays producteur, notamment en Afrique Noire :La Diamond Producers Association décide des quotas de production par mines.

Cecil John Rhodes
Cecil John Rhodes, le fondateur de la Compagnie De Beers. © Wikipedia

La société De Beers est propriétaire de la Central Selling Organization (CSO) qui s'occupe de la vente des diamants.

La Diamond Trading Company (DTC), elle, négocie les diamants de joaillerie, tandis que les diamants industriels sont vendus par la De Beers Industrial Diamond Division Ltd. Bref, la De Beers ne traite pas le diamant, elle est le diamant.

Ernest Oppenheimer
Ernest Oppenheimer, successeur de C.J. Rhodes. © Wikipedia

Les "vues" d'une confiance aveugle

Les "vues" entrent elles aussi dans le champ d'activités de la De Beers, par l'intermédiaire de la CSO, qui les organise.

Il s'agit d'une pratique propre au marché du diamant. Les diamants destinés à la vente sont tout d'abord classés par la CSO en fonction de leur poids, de leur forme et de leur couleur, puis ils sont répartis en lots destiné à chacun des 300 acheteurs agréés au monde.

Chaque acheteur est servi avec la même application et est invité à venir considérer, d'où le nom de "vue", le lot qui lui est régulièrement attribué. Et ce, dix fois par an. Ce lot peut être discuté, commenté pour d'autres attributions à l'avenir. Mais pas refusé. Il est à acheter tel quel.

Si l'acheteur ne le prend pas, le contrat moral qui oblige la CSO à le fournir est rompu : l'acheteur est rayé de la liste d'agrument et ne peut plus être alimenté en pierres. Ce qui équivaut, dans ce monde très fermé, à un suicide professionnel.

La valeur des lots peut atteindre plusieurs millions de dollars. Les diamants, une fois payés, sont expédiés de la façon la plus sûre au monde : par la Poste.